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Mytho grui grui

 

Ne jetez pas vos perles devant les porcs, de crainte qu’ils ne les piétinent, puis se retournent contre vous pour vous déchirer.

Evangile selon Saint Matthieu 

Le porc, presque universellement, symbolise la goinfrerie, la voracité et dans beaucoup de mythes, le rôle de gouffre lui est attribué. Il est la représentation des tendances obscures sous toutes les formes de l’ignorance, de la gourmandise, de la luxure et de l’égoïsme. C’est dans un troupeau de porcs que les démons expulsés par Jésus du corps d’un possédé demandent à s’incarner. Le porc est donc considéré comme l’habitat préféré du démon.

Les évangélistes, Marc, Matthieu et Luc soulignent que le porc n’est guère apprécié de Jésus Christ. Lequel voit en cet animal la réincarnation du malin. Et Léon VI le Sage, empereur romain d’Orient et d’Arménie, ajoute même à l’anathème un libelle violent contre le boudin qu’il interdit allant même jusqu’à punir par le fouet « quiconque s’occupera de préparer le sang en guise d’aliment »

 

          Le porc figuré au centre de la Roue de l’Existence Tibétaine à la même symbolique et évoque plus particulièrement l’ignorance. Tandis que Circé, la magicienne grecque, transforme les hommes qui l’importunent en animaux méprisables. Les compagnons d’Ulysse seront métamorphosés, d’un coup de baguette magique, en pourceaux. Pourtant le porc chez les grecs possède un rôle alimentaire important et entre dans des rites concernant la fécondité, en immolant un porc pour Cérès, afin de rendre féconde la terre des moissons.

 

Chez les Mélanésiens, le porc est l’animal ancêtre, fondateur d’une classe de la société. Et chez les Sino Vietnamiens il est synonyme d’abondance et la truie entourée de ses petits offre l’image de la prospérité. Quant aux Egyptiens, ils représentaient Nout – déesse du ciel et mère éternelle des astres – sous les traits d’une truie allaitant ses petits. Pourtant la malédiction était jetée sur les porcs et les porchers.

                                                                   
  

En effet, alors qu’ils élèvent des troupeaux de porcs depuis la XVIII ème dynastie, les Egyptiens considèrent  cet animal comme immonde. Les porchers font parti de la caste maudite. Ils ne peuvent accéder aux temples, et doivent se marier entre eux. Cependant régulièrement des porcs bien gras sont sacrifiés en l’honneur d’Isis et de Set. Et , comble du comique, les prêtres après le sacrifice, mangent les fameux cochons grillés.

Que dire de l’interdiction de consommer de la viande de porc lancée par Mahomet ?  Pour les uns elle serait le fait de la mort du prophète dévoré par les cochons. Pour d’autre elle n’aurait pour base qu’une raison sanitaire engendrée par le climat et l’altération de cette viande porteuse de germes. Et enfin pour d’autres encore, elle serait la conséquence de la similitude entre l’homme et le porc : disposition des viscères, saveur de la chair identiques. 

Et que penser de celà ?? photos prises en Bretagne
              
Merci Catherine

 Pourtant la symbolique du porc est ambivalente, puisque dans certaines civilisations, il fait l'objet d'une adoration. Les Celtes sont les premiers à honorer le porc. Dès l’antiquité, ils en élevaient des troupeaux et exportaient même vers l’Italie des jambons salés. Cette viande tenait une place énorme dans l’alimentation et les cérémonies comprenaient la mise un mort d’un cochon qui était ensuite partagé selon des règles strictes. On retrouve d’ailleurs en Angleterre, dans les tombes datant de l’âge du fer, des traces de porc comme nourriture funéraire. Le verrat est l’animal culte de la tradition celtique. Ce verrat merveilleux qui ressuscite après avoir été mangé et dont la viande ne s’épuise jamais.

N’oublions pas qu’en Gaulle, nos ancêtres le considéraient également comme un dieu et lui offraient chaque jour sa ration de glands sacrés. Il y eu même un dieu Bacon chez les Gaulois et le commerce de jambon était prospère en cette époque bénie des verrat et autres truies.

    L'art du Moyen âge a pourvu saint Antoine d'un cochon, tout simplement en vertu des prérogatives des antonins. Antoine portait le costume de son ordre, était muni du tau particulier audit costume, avait une sonnette, en symbole des quêtes antoniennes, des flammes s'élevaient à ses pieds pour rappeler ses mérites de taumaturge, et le porc n'était rien d'autre qu'un accessoire signifiant aux fidèles le respect dû aux cochons de "monseigneur Saint-Anthoyne" et destiné, sans doute, à les encourager à enrichir les porcheries du monastère. Car parmi les privilèges des Antonites, le plus singulier était bien celui de laisser errer, par les rues de la ville, des troupeaux de porcs dont la chair fournissait la nourriture des malades de l'hôpital.             

Pour les Germains  le porc joue un rôle important, mais pas autant que chez les Celtes. Il n’y a pas de mythe à proprement parlé, pas de peuple ou de pays tirant de lui leur nom, le porcher n’a aucune importance sociale ou mythique, et les dieux auxquels il est lié sont de piètres personnages.

Alors que dans la mythologie scandinave le verrat est l’attribut du dieu Freyr, divinité de la fécondité et de la prospérité, qui exerce son pouvoir sur la pluie, l’éclat du soleil, sur les fruits de la terre et qu’il est bon d’invoquer pour la prospérité et la paix.

        

 

Le porc chez les Latins, comme chez les Celtes et les Germains, est en abondance dans la nourriture. Ovide prétend qu’à Rome c’est la seule viande consommée. Beaucoup de sacrifices accompagnent la vie de tous les jours : un porc gras pour Maia, déesse du printemps ; des truies pleines à Déméter, déesse des céréales ; un porc pour les rites nuptiaux. Et l’on parle souvent de la truie de Rome et de ses trente gorets. Selon Cicéron une tombe n’est pas achevée tant qu’on y a pas sacrifié un porc. Le porc serait-il un intermédiaire privilégié entre ce monde ci et l’Autre ?

Si on examine le cochon de l’astrologie chinoise – la plus ancienne des astrologies – on se trouve en présence d’un individu doux et pacifique, voire un peu naïf, que chacun trouve sympathique. Il est, aux dires des astrologues, incapable de méchanceté et ne ferait pas de mal à une mouche. Sa tolérance frise la crédulité. Sociable, serviable, il bénéficie d’une chance insolente. En extrême Orient le cochon est symbole d’opulence. Il paraît même que c’est en Asie mineure qu’a commencé la domestication du cochon.

      
 

 


La viande de porc est réservée
à ceux qui vivent sensuellement.

Saint Clément